Rencontre avec Véronique Joumard

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Description

L'artiste, dont le travail est animé par un puissant phototropisme, ne pouvait qu'être intéressée par cette partie de l'architecture, la baie, qui a pour vocation de laisser entrer la lumière. S'agissant des églises, les baies n'ont d'ailleurs que cette seule fonction, à la différence des fenêtres des maisons d'habitation qui ont également pour objet de permettre un regard vers l'extérieur. Source lumineuse et non point de vue. En ce sens, la baie d'église ressemble beaucoup à ces lampes que Véronique Joumard a installées ou représentées tout au long de son oeuvre.
Mais la lumière qui passe à travers les verrières de Bayeux va rencontrer sur son chemin un drôle de petit corps : un cristal. Sertis dans un verre qu'une rigueur toute cistercienne laisse incolore, et dont les bulles semblent rappeler que la vocation originelle du miroir est d'être translucide et non transparent, les cristaux de Véronique Joumard entendent jouer de toutes leurs facultés prismatiques pour s'iriser sous les rayons lumineux et donner ainsi naissance à des taches arc-en-ciel à l'intérieur de la cathédrale. Par la magie du cristal qui, bien qu'incolore, engendre la couleur, et même toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, se trouve déjoué le conflit entre chromophiles et chromophobes qui divisa l'Église au Moyen-Âge. Occupant différentes positions, à la croisée des baquettes de plomb, verticales et horizontales, dans les fenêtres rectangulaires qui composent les vitraux, ces cristaux paraissent écrire les notes d'une partition (non sans rapport avec la notation grégorienne) qu'il appartient au soleil d'interpréter en les traversant selon tel ou tel angle, avec telle ou telle intensité. Ce sont les rayons du soleil, et non une image, figurative ou abstraite, qu'aurait préalablement fixée l'artiste sur les vitraux, qui décident des événements chromatiques qui vont se produire.
On retrouve dans ces éclats irisés à la surface des fenêtres et dans ces projections lumineuses à l'intérieur de l'édifice la logique de l'incident scopique qui traverse l'oeuvre entière de Véronique Joumard. La lumière n'y est pas le véhicule ou l'allié de la Raison mais l'agent d'une problématisation du regard, de phénomènes perceptifs qui ne permettent pas que le spectateur revendique une quelconque maîtrise à l'égard de ce qu'il voit. Les prismes cristallins des vitraux de Bayeux, instables chromatiquement, déjouent toute perspective d'autorité du sujet percevant, toute assurance quant à l'apparition et à la durée des irisations ou des éclats lumineux que la course du soleil, le passage des nuages ou quelques pas à l'intérieur du bâtiment provoquent et altèrent continuellement.
Les vitraux de Véronique Joumard ne renoncent toutefois pas totalement à l'image. La partie haute des baies est en effet occupée par des compositions géométriques, souvent trilobées, réalisées avec des verres de deux ou trois couleurs. Ces compositions n'oublient pourtant pas les cristaux sertis dans la partie inférieure de la verrière, dans la mesure où elles en évoquent les différentes facettes. Tout se passe comme si l'oeil de la mouche célébré par Smithson trouvait ici à se représenter sur la frontière même entre le prosaïsme du monde extérieur et l'intérieur sacré.
Mais la représentation des imprévisibles et changeants cristaux ne saurait bien sûr être parfaitement stable. L'artiste utilise du verre dichroïque, dans la fabrication duquel entrent de nombreux métaux. Ce verre possède la particularité de se colorer différemment en fonction de son éclairage et de l'angle de vue, selon un effet parent à celui produit par les Miroirs de 2003. Du matin au soir, la couleur se transforme. Et elle n'est pas la même l'été que l'hiver. Autrement dit, le verre plat se dote grâce au filtre dichroïque des vertus prismatiques du cristal.
La lumière passe par le vitrail, mais sa réfraction par le verre interrompt le pouvoir raisonnant de sa fonction séculière. En passant à travers le cristal ou l'excentrique verre de sa représentation, elle semble se charger aux yeux du sujet percevant d'un peu de ce mystère qu'entend célébrer le lieu qu'elle anime de ses éclats."

Texte de Michel Gauthier - http://www.joumard-bayeux.fr/#versiontext-fr

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Catégories d'événements : Famille, Conférence

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Le vendredi 12 juillet 2024

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